Tout ce que Papa ne m’avait pas dit !

Après s’être aventurée loin des rangs de vigne, Virginie revient aujourd’hui au domaine familial. Elle y apporte un regard neuf et une passion intacte pour perpétuer les gestes de ses aînés. Un parcours singulier à découvrir.

1. Virginie, tu reprends officiellement les rênes du domaine cette année. Était-ce une évidence pour toi ?

Pas du tout (rires !)… Mes premiers souvenirs à la vigne sont empreints d’une certaine rudesse. Je revois encore ces journées de tirage de bois sous la neige avec ma mère ; nous rentrions trempées et frigorifiées. Elle avait ce petit rituel pour me réconforter : « Tu as plus froid ou plus faim ? Douche ou goûter d’abord ? »
À l’époque, face à la dureté de la tâche, je m’étais fait une promesse d’enfant : quand je serais grande, je ferais n’importe quoi, sauf ça ! Il m’a fallu grandir pour comprendre que c’est cette exigence physique qui fait la noblesse de notre métier. Ces moments de partage ont finalement construit mon attachement au travail bien fait.

2. À quel moment les choses ont changé ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir à la vigne ?

Issue d’une famille où le « bien manger » est sacré – mon frère est chef pâtissier – j’ai naturellement orienté mes études vers l’alimentation. Mon ambition était de concevoir des produits sains et authentiques pour ceux qui n’ont plus le temps de cuisiner. Je voulais démocratiser l’accès aux bons produits.

Cependant, j’ai vite réalisé que l’industrie classique manquait de ce lien essentiel à la terre et à l’humain. Le déclic a été de réaliser que les valeurs que je cherchais étaient déjà présentes “à la maison”. Seul le défi physique me faisait hésiter… jusqu’au jour où j’ai décidé de sauter le pas pour voir de quoi j’étais capable.

3. Comment as-tu vécu ce retour au domaine, humainement et professionnellement ?

La transition s’est faite progressivement. Comme je le redoutais, les débuts ont été physiquement éprouvants – j’ai d’ailleurs perdu quelques kilos ! – mais paradoxalement, c’est aujourd’hui au cœur des vignes que je me sens le mieux. J’ai découvert petit à petit la polyvalence fascinante du métier de vigneronne grâce à la transmission de mon père. Il a su me communiquer la richesse de cette profession, de la technicité nécessaire en cave au plaisir du partage avec les clients.

Produire un vin de qualité et voir le plaisir qu’il procure est une récompense incroyable. Je reste d’ailleurs toujours émerveillée par ces passionnés qui parcourent le monde pour découvrir notre terroir et qui, parfois, connaissent les climats de Fixin aussi bien, sinon mieux que moi ! (rires) »

4. Est-ce facile de trouver sa place quand on est fille de vignerons mais que l’on a un temps imaginé sa trajectoire ailleurs ?

Aïe ! Question qui fâche ! (rires)
Ma place au sein du domaine, je l’ai conquise étape par étape. Mes parents, quatrième génération, ont accompli un travail de titan : ils ont agrandi le vignoble, développé la mise en bouteille – là où mon grand-père vendait encore en vrac – et lancé l’œnotourisme. À mon arrivée, l’exploitation tournait à plein régime grâce à leurs efforts. Il m’a fallu de la persévérance et de l’assurance pour gagner leur confiance et assumer mes responsabilités. Travailler en famille est un défi quotidien, car il faut savoir confronter des visions différentes pour mieux avancer ensemble.

5. Qu’est-ce que ton parcours en dehors du domaine t’apporte aujourd’hui dans ta manière de travailler la vigne ou de gérer le domaine ?

Ma formation scientifique est le socle de ma méthode de travail. Elle m’a apporté une rigueur et un sens de l’observation essentiels. Mes bases solides en biologie m’ont donné les clés pour comprendre plus vite les mécanismes complexes de la vigne. Mon diplôme d’ingénieur en sciences de l’alimentation m’a permis d’appréhender rapidement les enjeux du métier : mes acquis en microbiologie et en sciences de la fermentation sont des alliés précieux lors des vinifications. Si j’apprends chaque jour sur le tas aux côtés de mon père, œnologue, et de notre équipe, mon bagage technique me permet d’analyser nos pratiques avec recul.

Aujourd’hui, je savoure d’autant plus cette activité qu’elle réunit enfin mes compétences scientifiques et les valeurs humaines qui m’avaient tant manquées.

6. Et aujourd’hui, comment vois-tu l’avenir du domaine ?

Mon ambition est de préserver l’âme du domaine tout en y apportant ma propre sensibilité : garder nos racines tout en avançant. Notre identité restera ancrée dans le partage et la quête de qualité, avec un objectif immuable : sublimer ce que la nature nous offre pour révéler la singularité de chaque millésime. Notre ADN, c’est le vin vrai, sans artifice, celui qu’on partage avec plaisir.
Cependant, travailler au rythme des saisons nous confronte directement aux défis climatiques. Pour moi, l’avenir du domaine passe par un engagement environnemental concret. Nous avons structuré cet engagement via la certification Terra Vitis, que nous portons fièrement depuis 2019. Pour aller plus loin dans cette quête de sens et de qualité, j’ai fait un choix fort : réduire la surface du domaine. Recentrer notre travail nous permet de mieux respecter notre terre. C’est ainsi que je vois notre avenir : une exploitation à taille humaine, durable et passionnée.

Le vin est avant tout une histoire de rencontre. Je vous attends avec plaisir au domaine pour vous faire découvrir notre travail et partager un moment convivial autour de nos vins.